Croyez-vous aux Anges Gardiens ? Si vous répondez «non» à cette question, alors vous devriez. Dans mon précédent billet, je mentionnais brièvement le décès de mon beau-père survenu le 29 décembre dernier à l'hôpital Pierre-Boucher, à Longueuil. Il y était alité depuis le matin même à l'étage des soins palliatifs. L'étage la plus tranquille et la plus silencieuse de cet établissement. En fait, c'était la première fois que j'y mettais les pieds. Et j'espère que ce sera la dernière.
Donc pour résumer l'histoire, le beau-père arrive à l'urgence de Pierre-Boucher par ambulance le 29 au matin et décèdera dans la soirée du même jour en l'absence de sa fille cadette (ma femme Sylvie) et de son épouse. Il leur avait demandé de le laisser seul car il venait de recevoir sa morphine et le médicament agissait déjà. Mais au fond, il savait que cette journée serait la dernière. Il ne voulait surtout pas mourir devant elles. Et il avait réussi... Il ne pouvait pas avoir meilleur départ. Car mourir dans son sommeil est certainement la manière de quitter ce monde que nous souhaitons tous un jour. Mais en ce qui me concerne, je ne suis pas pressé. Cependant, j'ai bien failli revoir mon beau-père et pas de la manière la plus belle, croyez-moi !!!
Je ne saurais préciser la date exacte de l'incident mais je sais que ça s'était produit durant la période des Fêtes. Soit le 1er janvier ou quelques jours après, je crois. Je me souviens avoir quitté le club Mon ami Pierrot situé à Longueuil sur le boulevard Taschereau, un établissement licencié faisant parti intégral de l'actuel Motel Royal (anciennement La Barre 500).
Je venais donc de quitter cet endroit avec quatre clients à mon bord (deux jeunes couples au début de la trentaine) et je devais prendre le boulevard Jacques-Cartier pour me rendre chez eux. Je me rappelle que la chaussée était très glissante cette nuit-là. Et quand c'est glissant, je conduis comme un pépère. J'ai tellement peur de déraper, surtout avec des passagers à bord. C'est plus fort que moi ! Et comme je n'ai que des pneus neufs à l'avant contre deux pneus pas mal usés à l'arrière, je n'irai certainement pas prendre de risques inutiles. Encore moins avec des vies humaines en ma compagnie, non ?
C'est lorsque j'ai emprunté le fameux boulevard Jacques-Cartier et vu que le bitume était devenu luisant comme un miroir que j'avais compris une chose : rouler doucement et prudemment. Avec des années d'expérience en conduite automobile et quelque 15 années en conduite de poids lourds, tels des autocars, je n'avais pas peur de moi ni de ma réaction au volant. Mais plutôt celle des autres conducteurs. Vous connaissez l'expression qui dit qu'il faut avoir les yeux tout le tour de la tête en conduisant ? Ben c'est crissement vrai ! Mais dans mon cas, tout s'est passé très vite.
Cette artère importante de Longueuil traverse la ville Est-Ouest sur plusieurs kilomètres. Elle commence (ou se termine) à Longueuil et va jusqu'à Boucherville où elle changera de nom pour le boulevard De Mortagne. La portion dangereuse se situe entre les rues Sainte-Hélène et Saint-Roch, soit sur un bon 2 ou trois kilomètres, là où il n'y a qu'une seule voie dans chaque direction... Et une belle courbe prononcée, tout près de la rue Saint-Hélène.
Je roulais en direction Est, vers Boucherville et je me rapprochais de l'intersection Sainte-Hélène. Et pendant ces quelques minutes qui durèrent peut-être une éternité, je n'écoutais plus vraiment les rires, les moqueries ou encore les conneries de mes passagers qui ne semblaient pas se soucier outre-mesure de l'environnement qui les entourait, du danger qui nous guettait, à l'affut, prêt à surgir et à bondir à la moindre erreur de ma part. Mais l'alcool avait coulé à flot. Beaucoup d'alcool en fait. L'ambiance dans le taxi était assez intense je dirais mais les jeunes fêtaient la nouvelle année. Quoi de plus normal ?
- SHIT !!!
Le gars assis à côté de moi venait de crier tellement fort que mes tympans ont dû en subir les contre-coups. Le gars qui venait de beugler était devenu blanc comme un drap et regardait droit devant lui, les yeux grands ouverts, ses mains crispées sur son siège, le corps arqué légèrement vers l'arrière, tendu comme une corde de violon (rassurez-vous, je l'ai su bien après) et moi, je croyais ma dernière heure arrivée. Après avoir crié, mon taxi était devenu soudainement silencieux.
La voiture qui venait à ma rencontre, en sens inverse venait de déraper et, ayant perdu le contrôle de son bolide, avait manqué la courbe. Malgré ses tentatives de freinages, rien de fit redresser la voiture sur sa trajectoire initiale, bien au contraire. Il devait bien rouler dans les 100 km/heure environ et moi, à peine dans les 60. Mais à cette vitesse, une collision frontale est mortelle. Soit pour moi, soit pour mon passager. Dans le pire scénario et j'aime mieux ne pas y penser, on est bon pour un aller simple chez Saint-Pierre. Un vrai carnage si... mon Ange Gardien ne s'était pas manifesté. Ou peut-être le beau-père ?
Pour finir, lorsque j'ai vu l'autre véhicule arriver vers moi, j'étais tellement certain de me faire ramasser. Et pourtant, dans la seconde même, j'ai senti comme une présence sur mon épaule gauche et dans l'instant qui avait suivi cette sensation, le type réussissait à reprendre le contrôle de son engin et à revenir dans sa voie. Croyez-le ou non, j'ai eu vraiment la frousse de ma vie. Quant on dit qu'une personne voit sa vie défiler devant lui lors d'un évènement intense en émotion ou stressante se produit, il faut le croire.
Avant cet incident riche en émotion, je croyais plus ou moins aux Anges Gardiens ou aux esprits. Maintenant, nul doute en ce qui me concerne : j'ai bel et bien un guide spirituel ou un ange gardien. Ils existent vraiment et ils peuvent communiquer avec nous. Pour moi, mon «Protecteur» a remis cette voiture sur sa voie à temps. Mais mon heure n'était pas encore venue. Non, sûrement pas...
Jean-François
Fait à noter : une collision entre un taxi (une compagnie de Montréal si ma mémoire est bonne) et une voiture conduite par un type en état d'ébriété survenue quelques années auparavant avait tué la passagère et... le chauffeur. Ils sont morts brûlés vifs. Je ne sais plus trop pour le conducteur fautif parcontre.
Le chauffeur de taxi se dirigeait aussi vers Boucherville et sur le même boulevard, soit Jacques-Cartier. Au même endroit. Et si jamais vous prenez cette route, soyez prudent. L'été, les traces de feu sont encore visibles sur la chaussée, noircies par la violence de l'incendie.
Deux autres personnes qui feront désormais parti des statistiques sur les accidents de la route causés par l'alcool au volant. Deux de trop...